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Synopsis :

 

On dit que, lorsque les âmes ne sont pas prêtes à s’en aller, 7 minutes leurs sont accordées pour décider de revenir à la vie. Galia, une jeune femme de 27 ans blessée dans l’attentat d’un bus à Jérusalem, se met à rechercher l’homme qui lui a sauvé la vie. Un voyage qui lui révélera une vérité insoupçonnable…

 

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Entretien avec Omri Givon :

 

Quel a été votre parcours avant de tourner 7 minutes au paradis ?

Dès mon enfance, j’ai passé beaucoup de temps dans les salles obscures et, à l’âge de 14 ans, ma mère m’a inscrit à un cours de cinéma à Tel-Aviv. Ensuite, j’ai étudié le cinéma dans un lycée artistique à Jérusalem et j’ai commencé à travailler sur des tournages comme assistant réalisateur. À l’âge de 26 ans, j’ai réalisé d’une manière complètement indépendante mon premier film, La Vallée des rêves, un moyen métrage de 50 minutes, qui a été montré dans les Cinémathèques israéliennes et à la télévision.

 

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« 7 minutes au paradis » se déroule durant l’une des vagues d’attentats les plus sanglants de la seconde Intifada. Le film est-il inspiré d’un événement en particulier ?

Il y a quelques années, j’ai eu l’idée de réaliser un film sur une femme qui doit affronter la mort de son compagnon. Je le voyais comme un thriller à la frontière du fantastique. Je n’ai rien fait avec cette idée jusqu’au jour où j’ai vu à la télévision un reportage sur un terrain vague à Jérusalem où l’on décharge les carcasses des bus qui ont explosé lors d’attentats. Ce lieu m’a absolument captivé et j’ai aussitôt imaginé la femme de mon thriller devant ces bus silencieux et meurtris. J’ai su alors que ce serait là le sujet de mon film, une femme faisant face à son traumatisme. Toutefois, je tiens à préciser que les événements dans le film ne sont pas inspirés d’un attentat en particulier ou de personnes réelles.

 

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Pourquoi avez-vous choisi de situer l’intrigue à Jérusalem ? Qu’est ce qui a guidé votre manière de filmer cette ville ?

J’ai passé mon adolescence à Jérusalem, une ville que j’aime et à laquelle je suis profondément attaché. C’est la seule ville avec laquelle j’ai un véritable lien affectif, parfois difficile à définir, une ville emplie de contradictions, à la fois belle et laide, tendre et dure, une ville prise dans le quotidien et en même temps mystérieuse. Je pense que Galia, dans son côté énigmatique, dans son exigence de vérité, ressemble un peu à Jérusalem. Par ailleurs, c’est un lieu de tournage magnifique : les façades en pierre de Jérusalem, les ruelles, cette lumière si particulière – c’est un décor merveilleux pour le cinéma.

 

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Le récit est raconté à partir de la conscience de l’héroïne et passe systématiquement du présent au passé, de la réalité au souvenir. Pourquoi avoir opté pour ce mode narratif ?

Le film est un voyage intérieur, un voyage dans les profondeurs d’une âme flottant entre la vie et la mort. Je voulais construire un monde où pratiquement chaque élément est le reflet de cette âme « errante », du choix des couleurs jusqu’aux traits de caractère des personnages. Boaz, par exemple, est un fantasme, l’image d’un homme idéal qui n’existe pas dans la réalité mais uniquement dans l’univers intérieur de Galia. Pour moi, ce qui compte avant tout c’est l’émotion suscitée par chaque scène au-delà de son ancrage temporel. J’aime un cinéma qui communique avec des images et des sons davantage qu’avec la parole, qui me laisse la possibilité d’interpréter ces images selon ma sensibilité, et place le spectateur dans une position active et ouverte, lui laissant une marge d’interprétation et même de doute…

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L’utilisation de la musique dans le film contribue largement à son atmosphère d’irréalité. Qu’est-ce qui a déterminé vos choix musicaux ?

La musique joue plusieurs rôles dans le film. En premier lieu, elle est l’écho de l’état émotionnel de la protagoniste. Elle a été écrite par Adrien Blaise, un compositeur français avec qui l’échange était très stimulant. Nous avons choisi un thème musical que nous avons interprété à chaque fois avec un instrument différent, en associant chaque personnage à un instrument particulier. Par exemple, pour Oren, le compagnon de Galia mort dans l’attentat, nous avons choisi le piano, plus mélancolique, alors que pour Boaz, le secouriste dont Galia s’éprend, nous avons choisi la guitare électrique qui a une connotation plus jeune et vivante. D’une manière générale, j’aime beaucoup la musique et je m’en sers pratiquement dans toutes les étapes de la création, à commencer par l’écriture.

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Galia se sent coupable d’avoir survécu à l’attentat et ce sentiment a un impact sur ses relations avec Boaz, le secouriste qui l’a sauvée. Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre ce thème au centre du film ?

En travaillant le scénario, j’ai essayé de comprendre la psychologie de Galia : quelles étaient ses motivations, quel était le sentiment dominant chez elle… Je me suis aperçu que la culpabilité liée à la mort d’Oren et à leur relation avant sa mort était la clef de son comportement. Par ailleurs, dans la phase de recherches pour le film, j’ai découvert que de nombreux survivants d’attentats avaient tendance à éprouver de la culpabilité à l’égard des victimes qu’ils n’ont jamais connues. C’est un sentiment irrationnel qui fait partie du processus de retour à la vie. Chez Galia, la culpabilité envers Oren augmente au moment où Boaz entre dans sa vie. C’est un sentiment difficile à accepter, quoique naturel. Elle doit l’affronter pour prendre progressivement conscience qu’elle a le droit de vivre.

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Reymonde Amsellem est très impressionnante dans le rôle de Galia. Comment avez-vous travaillé avec elle ?

Je connais Reymonde depuis longtemps : on était ensemble au lycée à Jérusalem et elle avait déjà joué dans mon film précédent, La Vallée des rêves. En fait, dès l’écriture du scénario, je savais qu’elle allait incarner Galia. Reymonde travaille de manière très intense et veut tout savoir sur le personnage. Une fois le scénario achevé, j’ai également écrit un texte retraçant la vie de Galia depuis sa naissance jusqu’à l’attentat. Sur le tournage, Reymonde était très concentrée sur le poids émotionnel de chaque mot, de chaque geste, et elle a construit son personnage minutieusement en fonction de cette analyse. En tant que jeune metteur en scène, c’était pour moi une véritable école de sensibilité et d’intelligence de jeu, un cadeau.

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Réalisateur :

 

Omri Givon est né en 1977 à Tel-Aviv. Il étudie de 1991 à 1995 à l’école Charles A. Smith, l’école des arts de Jérusalem. C’est à ce moment qu’il va réaliser et produire plusieurs courts métrages, dont certains seront diffusés à la télévision. Le film « Transparent » réalisé en 1994 etait son film de fin d’études. « 7 minutes au Paradis » est sa deuxième réalisation.

 

« 7 minutes au Paradis », un film de Omri Givon, avec Reymonde Amsellem et Eldad Prives. Prix du meilleur film 2008 au festival de Haïfa et sélectionné au festival du film de Tribeca en 2009.

 

Sandrine Ben David.